Chroniques Regards

Les chroniques de Leila dans le mensuel Regards

Sur un air mélenchanteur (ma chronique Regards d'avril)

Un jour du mois de mars, Pascal, 29 ans, a débarqué à l’Usine, le local de campagne du Front de gauche :

– Bonjour, je voudrais participer à la campagne de Jean-Luc Mélenchon !

– Tu as des envies, des compétences particulières ?

– Je sais jouer de la guitare et j’aime bien composer des chansons.

– Bah, fais-nous des chansons sur le Front de gauche et on ira les chanter dans le métro en distribuant des tracts.

Ainsi sont nés les Mélenchanteurs.

Sauvez un arbre, radiez un chômeur

Pôle emploi a décidé d’être écolo. Des tonnes de lettres sont envoyées chaque jour aux millions de demandeurs d’emploi. Dévastateur pour la forêt ! Alors, à défaut de pouvoir dématérialiser le chômage, Pôle emploi a démarré au mois de juin un processus de dématérialisation des courriers. Désormais, pour réclamer des pièces justificatives ou convoquer un usager à un rendez-vous, Pôle emploi envoie des e-mails. Les courriers électroniques, c’est gratuit, et c’est bon pour la planète.

Un été post - révolution

Avant la chute de Ben Ali, le seul moment où les Tunisiens ouvraient la bouche c’était chez le dentiste. Jusqu’à la révolution du 14 janvier, la tronche de Ben Ali hantait chaque coin de rue, avec sa teinture capillaire aussi noire que sa dictature. Aujourd’hui, les bouches ne se lassent plus de s’ouvrir. Il est désormais possible de parler politique à voix haute, sans être forcé de guetter sans cesse la présence d’une oreille payée pour faire des rapports à la police.

Carrefour Racket

Deux ans après les derniers pique-niques en supermarché de l’Appel et la pioche, l’appétit commençait à nous tarauder l’estomac. Après un savant jeu de cache-cache promotionnel sur les prix des produits de consommation courante, au début de l’année 2011, les enseignes de la grande distribution avaient remis le couvert en augmentant de façon gargantuesque le prix de la farine, des pâtes et du café.

Vous avez dit civique ?

Marion, 24 ans, bac + 5, diplômée d’un Institut d’études politiques, travaille vingt six heures par semaine dans une association, pour 540 euros par mois. Marion fait de l’aide aux devoirs en semaine et des extras dans des bars le week-end, le tout au black, pour compléter sa maigre indemnité. Marion est en service civique. Inventé en mars 2010 par Martin Hirsch, à l’époque haut commissaire à la Jeunesse, le service civique est une aubaine pour les associations et collectivités.

Sur le bord du bitume

Ca commence par un banal divorce. Puis une dépression, l’envie de tout laisser tomber, et ça glisse… En 1974, Ahmed [1] débarque à Paris de Tunisie. Travailleur dans le bâtiment, il réussit son « intégration  », invisible parmi les invisibles. De chantier en chantier, avec le coup de pouce d’un tiercé gagnant, il s’offre un petit deux-pièces sur la butte Montmartre. Marié, un enfant, la vie prend enfin des tonalités de douceur…

Un air de révolte

" Je suis de la génération sans rémunération… C’est déjà une chance de pouvoir faire des stages… Qu’est-ce que je suis conne… Quel monde si con… Où pour être esclave, il faut étudier. » C’est en écoutant cette chanson du groupe portugais Deolinda dans un bistrot de Lisbonne que Paula Gil, 26 ans, diplômée au chômage, lance avec trois copains précaires le manifeste de la « Geração a Rasca ». En français dans le texte, c’est la génération aux abois, dans la mouise, à l’arrache, fauchée, bref, c’est la génération précaire.

Précaires de tous les pays…

Depuis la mi-janvier, c’est la grande classe d’avoir des origines tunisiennes. Le midi avec les collègues, le soir avec les camarades militants, et le week-end avec les potes, je me la pète, parce que j’ai du sang révolutionnaire. Je me permettrais presque de faire la leçon aux théoriciens professionnels du soulèvement populaire qui veulent transposer la révolution tunisienne dans l’Hexagone.

Précaires à la porte

Une grande bourgeoise platinée sort de l’hôtel Bristol coiffée d’un chapeau de fourrure. Le long des galeries d’art et des magasins de luxe de la rue du Faubourg Saint-Honoré, elle fait du lèche-vitrines. A l’angle de l’avenue Matignon, elle s’attarde devant une paire de chaussures à 4 200 euros. Plus loin, elle est surprise par une nouveauté derrière une vitrine, quelque chose de tout à fait insolite pour cette dame guindée : des jeunes précaires.

Quand l'Unédic s'endette

Lorsque je reçois une fiche de paye, j’ai plutôt tendance à l’oublier au fond d’un tiroir. Et pourtant, par les temps qui courent, je devrais prêter attention à certains détails qui y figurent. Avez-vous remarqué la ligne qui porte le titre « assurance chômage » ? Et bien figurez- vous que toutes ces cotisations chômage sont récoltées par une association loi 1901.

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