Pas de RSA ? Assisté quand même !

Les pauvres sont des assistés, juste bons à grapiller des aides sociales pour aller s'aviner. Laurent Wauquiez le sait bien, lui qui a démarré un grand chantier contre ce cancer, pour reprendre ses propres mots. Ces gueux, il faut les faire bosser de force, pour éviter qu'ils ne passent leur temps à claquer leur RSA au comptoir du PMU. Les pauvres sont des fraudeurs, ils creusent le trou de la sécu et font grimper au ciel la maudite dette. Des parasites, des fainéants, des sacs à vin, des vauriens.

Un rapport officiel du Comité national d'évaluation du Revenu de Solidarité Active (RSA) a été remis en décembre dernier à Roselyne Bachelot, ministre « des solidarités et de la cohésion sociale ». On s'attendait logiquement à de nouvelle révélation sur le nombre de menteurs-grugeurs de la prestation sociale. Que nenni. C'est même tout l'inverse.
Il y a en France, et c'est le rapport officiel qui le dit, 1.6 millions de citoyens qui ont droit au RSA mais n'en font pas la demande. Soit presque autant que le nombre de bénéficiaires effectifs. Pourquoi ? Parce que dans une société où la solidarité nationale est devenue taboue, où la suspicion à pris le dessus sur l'entraide, la honte ronge ceux qui se retrouvent dans l'infernale spirale de la précarité organisée. Sans compter toutes les barrières, les guichets, les agents qu'ils faut affronter pour déposer une demande de RSA, chaque étape qui rappelle ô combien le bénéficiaire de prestation n'est qu'un sombre cafard.

Les deux tiers des travailleurs pauvres éligibles au « RSA activité », sensé apporter un petit complément de revenu, n'en font pas la demande. S'agissant du « RSA socle », qui s'adresse aux personnes sans aucun revenu, ils sont 600 000 qui ne le perçoivent pas tout simplement parce qu'ils ne l'ont pas réclamé. En France aussi nous avons notre caste sociale d' « intouchables », qui ne parvient même plus à faire valoir ses droits aussi communs qu'ils soient. Ces invisibles se situent ainsi hors du champ des statistiques. Ni demandeur d'emploi, ni bénéficiaire du RSA : un bon paquet de pauvre qu'on ne comptabilise nulle part. On diminue ainsi artificiellement le nombre officiel de citoyens pauvres, et on relativise en même temps le niveau de pauvreté du pays. Pratique, surtout pour les bilans de fin de mandat gouvernemental.
Et puis, ce « manque à distribuer » s'élève à plus de 5 milliards d'euros par an. Une sacré économie sur le dos des pauvres ! Alors non, n'attendez pas que le gouvernement lance une campagne de sensibilisation sur le RSA, à la manière des opérations de prévention sur l'alcool au volant ou les violences conjugales, ou des clips publicitaires « L'armée recrute ». Les chiens de garde du gouvernement préfèrent faire diversion en culpabilisant les plus précaires. En période de crise, « la « fraude sociale » permet de monter en épingle un punching ball pour éviter que le peuple se défoule sur la « fraude fiscale », par exemple. Et en plus ça rapporte gros.

Commentaires
Maria Pernas
lun, 01/23/2012 - 14:19
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c'est hallucinant ! Faut dire
Xavier
mar, 01/24/2012 - 11:17
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Perso je suis marié... quand
Corinne Marchais
ven, 02/03/2012 - 16:47
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Les citoyens pauvres
Clémentine Tezzon
sam, 02/11/2012 - 22:40
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Des arguments efficaces pour
marie-caroline ...
dim, 02/12/2012 - 18:20
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Vous oubliez de dire le
Patrick Benoit
sam, 02/18/2012 - 00:18
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C'est exact ! C'est mon cas,
Dehousse Marc
dim, 03/18/2012 - 23:36
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A lire d'urgence, cette étude